Florimond Desprez s’engage pour trouver des solutions à la jaunisse

La jaunisse, notre priorité

Depuis l’interdiction des néonicotinoïdes en 2019, la jaunisse est une problématique majeure pour tous les betteraviers français. Si un système dérogatoire a été mis en place temporairement, il est urgent de trouver des solutions efficaces. Pour en savoir plus, nous avons posé des questions à deux experts chez Florimond Desprez : Nicolas HENRY, directeur de recherche betterave et Marine CORDONNIER, sélectionneur betterave.

Quelles sont les solutions pour combattre la jaunisse ?

NH : Il existe des leviers phytosanitaires, agronomiques et génétiques. C’est en alliant les trois que nous réussirons à combattre le virus.
Chez Florimond Desprez, nous mettons à profit notre expertise en sélection variétale. Nous travaillons à créer des variétés résistantes ou tolérantes aux pucerons et aux virus de la jaunisse. Nous continuons aussi à approfondir notre connaissance des pucerons et de la maladie pour mieux comprendre les mécanismes d’infection et de résistance.

Quels sont vos axes de sélection ?

MC : L’objectif est d’identifier des gènes de résistance dans le matériel dont nous disposons. Nous avons constaté une forte variabilité génétique que nous exploitons activement. Nos travaux se divisent en deux axes principaux :

  • Évaluer notre matériel élite pour sélectionner la meilleure tolérance à la jaunisse avec un bon rendement.
  • Détecter des sources de résistance au sein du matériel exotique (issu du programme AKER) et le croiser avec le matériel élite. C’est ce qui créera des variétés qui allient excellent rendement et résistance à la jaunisse. Cela prend plus de temps, l’introgression d’un gène d’une source exotique dans une variété élite prenant 4 à 5 ans.

Comment identifiez-vous les futures variétés au sein de tout ce matériel génétique ?

NH : Il faut les évaluer en conditions inoculées. Pour cela, notre laboratoire de phytopathologie a développé des protocoles de production de pucerons. Nous les transportons ensuite au champ pour inoculer manuellement les parcelles. À partir de là, commence la sélection. Sur chaque plateforme, on crée plusieurs blocs différents : un pour chaque virus et pour chaque combinaison possible. On garde aussi des blocs sains qui servent de référence.

Quels critères prenez vous en compte pour sélectionner les meilleurs individus ?

NH : On réalise une série de notations pour suivre la dynamique de la maladie et sa gravité. On évalue le rendement de chaque bloc. Enfin, on croise tous les résultats. L’objectif est de trouver le meilleur compromis entre absence de symptômes et meilleur comportement de la variété.

Quels sont les résultats à ce jour ?

MC : Pour notre matériel élite, nous avons identifié de très bonnes variétés pour lesquelles les pertes de rendement sont limitées à seulement 10% en conditions jaunisse, contre 50% pour les variétés les plus sensibles. Celles-ci seront déposées au CTPS dès janvier prochain.

Concernant notre matériel exotique, nous avons constaté que certaines lignées issues du programme AKER présentent un très bon comportement avec des symptômes limités en conditions jaunisse. Nous allons continuer les croisements pour proposer le plus rapidement possible des variétés résistantes à la maladie.


Le programme AKER a pris fin en 2020, et pourtant ce n’est pas terminé ! Florimond Desprez travaille maintenant à croiser ces 16 accessions exotiques avec du matériel élite, pour sélectionner à terme de nouvelles variétés combinant productivité et résistance à la jaunisse qui seront mises à disposition de la filière.